Témoignages

 

Marguerite : je ne veux pas …

 

Marguerite a la cinquantaine robuste et joviale, habituellement. Quand elle arrive au cabinet, elle ne se reconnait pas elle-même. Voici des mois qu’elle vit une situation de Burn Out professionnel.

Depuis des années, Marguerite assume des tâches administratives complexes, peu valorisées et pourtant essentiel au bon fonctionnement de l’administration qui l’emploie. Elle adore son travail, n’a jamais compté ses heures et se réjouit du bon fonctionnement de son service que son application quotidienne  méticuleuse permet.

Ses supérieurs hiérarchiques la respectent et même, parfois, la complimentent. Puis, l’équipe dirigeante change, un poste administratif est supprimé et Marguerite tente d’assumer des tâches de plus en plus multiples …Elle  multiplie les heures supplémentaires, sans y parvenir. Elle se retrouve épuisée, démoralisée, avec un sentiment d’échec récurrent … C’est dans ces conditions que nous nous rencontrons.

Nous avons consacré quelques séances à travailler autour de son Burn Out, de la place du professionnel dans sa vie … Un jour, elle évoque spontanément ce qu’elle qualifie de « traumatisme, enfin je crois ». Une dizaine d’années plus tôt, elle avait retrouvé un cousin,  mort chez lui. Une rupture d’anévrisme. Marguerite avait RdV avec ce cousin en cette chaude journée d’été. Elle avait dû annuler une précédente rencontre par manque de temps … une autre priorité que ce « vieux cousin ». Alors, quand elle est entrée dans ce lieu familier et y a trouvé son cousin … mort, le choc fut terrible. En femme avisée, elle a réagit de façon très pragmatique, remettant à plus tard l’accueil de sa peine. Elle n’a jamais laissé d’espace à ce « plus tard ».  Sa peine s’est nourrie de culpabilité et s’est enkystée.

Je lui propose une séance d’ICV. Lui explique en quoi cela consiste et le but que nous chercherons à atteindre : lui permettre d’intégrer cet évènement à sa réalité de vie, cesser de nourrir la culpabilité qui se propage dans de nombreux aspects de sa vie et, enfin, accueillir sa peine. Elle semble enthousiaste et s’engage à rédiger sa Ligne de Vie (voir, mes méthodes, ICV)

Or, elle ne rédige pas sa ligne de vie !!

Elle m’explique, très posément, qu’elle ne veut pas travailler sur cet aspect de sa vie. Cette douleur, m’explique t elle, fait partie de sa vie. Elle sent en avoir besoin et ne tient pas à ce qu’on y touche « je ne veux pas la perdre, c’est une douleur précieuse … »

Tels sont ses mots, que je ne peux que respecter !!

 

Marc, un père comblé

 

Marc élève seul sa fille depuis le décès de son épouse, voici 20 ans. Un chauffard alcoolisé a percuté Irène, un froid matin de février. Mathilde, leur fille avait alors 2 ans ½.

Marc s’est retrouvé seul, face à son immense chagrin et à une toute petite fille …

Le temps a passé, comme il le fait toujours. Marc a cheminé aux côtés de Mathilde, avec pour guide amour et complicité. Mathilde s’est épanouie sous le regard toujours attentif de son père. Elle se consacre avec succès à des études d’architecture depuis 3 ans.

Ce soir là, elle part en stage pour trois mois, loin du domicile paternel. Ce n’est certes pas leur première séparation temporaire. Comme à chacune d’elles, Marc sent la morsure de la séparation comme une sourde douleur qu’il s’efforce d’apaiser, d’apprivoiser telle la vieille compagne qui ne l’a jamais tout à fait quitté.

Il sait –bien sûr !!- que Mathilde a besoin d’autonomie, qu’il lui faut construire sa vie de femme. Il le sait et s’émerveille de l’assurance tranquille et sereine de cette jolie jeune femme qu’est devenue sa fille. Il le sait, oh combien !! Et pourtant … comme il aurait aimé l’accompagner jusqu’à cette ville lointaine où Mathilde va passer les 2 prochains mois. Souhaité l’aider à s’installer dans cette chambre universitaire. Respirer quelques heures l’atmosphère de ce lieu, enregistrer ce décor, se l’approprier en pensées afin d’imaginer sa fille dans les semaines qui arrivent. Mathilde a été catégorique, comme elle l’est toujours. Non !! Pas même la déposer à la gare. Elle est partie seule, avec ses deux grands sacs et un sourire radieux.

Marc a longuement, profondément respiré, tentant de calmer sa vieille blessure, toujours prompte à se réveiller.

Dans la soirée, Mathilde a appelé. Son sourire était moins radieux, c’était visible, fusse au téléphone !! Oui, elle était bien arrivée … Oui, tout va bien … Mais … la chambre est petite et moche, elle sent mauvais, il n’y a pas de draps sur le lit, le frigo est vide et, en cette soirée dominicale, aucune chance de trouver la moindre petit bout de pain …

Marc aurait tellement voulu être aux côtés de sa fille, l’installer, déposer quelques éclats de rire dans cette pièce qui sera son cadre de vie les semaines à venir, l’emmener diner en ville et même … trouver des draps !!

Sa fille ne l’a pas voulu ainsi. Il comprend, il sait, mais …

Il lui faudra attendre le lendemain pour voir s’envoler tristesse et inquiétude.

Dans la soirée, Mathilde s’était mise en quête d’un diner, tel qu’il soit. En sortant de sa chambre, des échos de conversation  ont attiré son attention. Quelle ne fut pas sa surprise : 3 camarades de son école d’archi !! Elle ignorait totalement leur présence dans cette ville. Ils partagent un pic nic et une joyeuse fin de soirée !!

Le récit joyeux de sa fille fait naitre en Marc bonheur et gratitude. Mathilde a raison, bien sûr !!

Son refus, parfois un peu buté, des propositions de son père lui ouvre les portes d’autres opportunités. Ses velléités d’indépendance la conduisent vers un extérieur accueillant et joyeux.